05/02/2017

Gulliver et Lilliput

L’un est un géant européen, par la géographie, l’histoire et la production agricole ; l’autre est un nain selon ces mêmes critères. Et pourtant la France, ce Gulliver agroalimentaire, accuse un retard incroyable en matière d’agriculture durable sur le Lilliput qu’est l’Autriche, avec ses 18% d’exploitations agricoles travaillée en bio, représentant 21% de la surface agricole du pays.

 


En 1994 déjà, la chaîne de magasins alimentaire autrichiens Billa lançait une ligne de produits bios sous le nom de « Ja ! Natürlich » et le succès était au rendez-vous. A l’origine de cette réussite, la rencontre de deux hommes, Werner Lampert, pionnier de l’agriculture biologique en Autriche, et Karl Wlaschek, le fondateur de Billa. Lampert a au fil des années répété son « coup » avec d’autres distributeurs, aidant le bio à devenir une offre établie et largement appréciée en Autriche.

Aujourd’hui, plus de 30% des œufs et 20% des légumes vendus en Autriche sont bios et le pays compte la plus grande proportion de surfaces agricoles exploitées sans intrants de synthèse de toute l’Union européenne et même du monde, selon la Ministère autrichien de l’agriculture.

A titre de comparaison, en 2015 la part de l’agriculture biologique atteignait 12.8 % de l’ensemble de la surface agricole suisse et près de 6,5% dans le canton de Genève, notamment grâce à la viticulture. Bon sang ne saurait mentir! Mais pas encore de quoi nourrir le canton.

Et la France ? Dans la foulée du Grenelle de l’environnement, un plan avait été adopté en 2008 pour diviser par deux le recours aux pesticides d’ici à 2018. Les chiffres viennent de tomber pour 2015. C’est la douche froide : c’est plus 20% d’épandage de pesticides chimiques depuis 2008 ! Quatre traitements chimiques par an pour le blé tendre, cinq pour le colza, neuf pour les fraises, douze pour les tomates, dix-sept pour les pêches, dix-huit pour les pommes de terre, dix-neuf pour la vigne en Champagne et trente-quatre pour les pommes.

Si cela ne vous a pas coupé l’appétit, attendez les chiffres quant à l’enrobage des semences par des néonicitinoïdes, des insecticides très dommageables pour les abeilles, qui seront prochainement publiés. Du coup, la baisse de moitié prévue pour 2018 est reportée à 2025. Mais qui y croit encore ?

Le bio est-il toujours le meilleur remède ? Transporter des produits bios d’un bout à l’autre du monde ou ouvrir des supermarchés exclusivement bios ne présente aucun intérêt et n’a rien à voir avec une approche durable, pense Werner Lampert. Le bio est un projet régional, proclame-t-il, c’est seulement ainsi qu’il peut offrir une alternative réellement durable. Pour lui, la souveraineté alimentaire est inséparable d’une approche naturelle de l’agriculture.

Traduit concrètement, cela signifie que des produits Genève-région-terre-avenir, malgré le fait qu’il puisse s’agir de culture en serre ou intensive, sont préférables à des produits bio importés et que des produits GRTA ou de l’agriculture conventionnelle suisse achetés en Suisse sont préférables au bio d’outre-Atlantique, d’Afrique du Nord ou d’Asie.

Le mieux, c’est bien sûr de créer un lien entre producteurs et cosommateurs à travers les marchés, l’agriculture contractuelle, les paniers ou la vente directe. Et ce son souvent les petits producteurs qui connaissent le mieux leur terre et qui savent le mieux la travailler avec respect. Même s’ils ne sont pas labellisé bio. Voyez pour cela les sites http://www.agrigeneve.ch et http://www.agriculture-bio.ch.

La Suisse a elle aussi le potentiel d’être un Gulliver de l’agriculture durable. Du GRTA au Val Poschiavo, qui vise à certifier bio l’ensemble de ses exploitations agricoles (https://www.letemps.ch/2014/11/14/val-poschiavo-se-convertit-bio-integral) dans une démarche qui unit culture, patrimoine, économie et préservation de la santé, en passant par la vente directe ou le miel urbain, les projets ne manquent pas pour cela. Soutenez-les !

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Commentaires

"même du monde, selon la Ministère autrichien de l’agriculture."
On n'est jamais si bien servi que par soi-même, il faut croire. En fait le Bhoutan est en passe de convertir toute son agriculture (et pas un misérable 21%).
https://www.pressenza.com/fr/2013/08/le-bhoutan-premier-pays-a-passer-a-une-agriculture-biologique-integrale/

Écrit par : Charles | 05/02/2017

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